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Jeunesse Congolaise: Le pas vers la réussite.

Mis à jour : 29 oct. 2019





La République Démocratique du Congo est un pays de grande potentialité, nonobstant le fait que sa situation est chaotique : taux de chômage de près de 80%, 63% de la population vit sous le seuil de la pauvreté, classé 176 sur 188 pays au classement I.D.H., etc. Et dans ce contexte très difficile, une grande partie de la population congolaise est composée de jeune - près de 63% ont entre 0 et 25 ans. Et pour les jeunes, la grande question est de savoir comment s’en sortir dans ces difficultés actuelles. Comment trouver du travail et s’épanouir durablement ?

Dans les lignes qui suivent, nous allons tenter de répondre à ces questions en se basant sur quelques notions, tirées de l’observation de ceux qui ont pu réussir dans le contexte très difficile de notre pays. Si ces notions sont bien appréhendées, elles aideront certainement tout jeune à s’en sortir. Certes, il y a beaucoup à dire, mais pour raison de concision nous ne nous attellerons que sur les éléments repris ci-dessous.


L’Orientation


L’un des premiers problèmes auxquels plusieurs jeunes en République Démocratique du Congo font face est celui de l’orientation. En effet, le système éducatif congolais est peu adapté aux réalités et besoins du monde actuel, et ses options sont peu variés. Tout le monde se retrouve en Droit, Economie, Médecine, Polytechnique… nous connaissons tous cette réalité.


Le second problème est celui des débouchés professionnels. Prenons l’exemple d’un Cadre de Direction exerçant dans une banque de la place qui, au début des années 2000, comptait s’inscrire en Polytechnique par passion. Malheureusement, il était évident que les études qu’il allait entreprendre ne lui garantiraient guère d’emploi sûr, une fois son diplôme obtenu. Il s’est donc orienté vers des études en Economie, par défaut. Et c’est encore le cas de plusieurs jeunes dans notre pays. La question qui se pose est donc de savoir que faire : S’accrocher à sa passion ou être réaliste ? Dans ce même contexte, serait-il utile à une personne d’obtenir un diplôme en Ingénierie Aérospatiale en R.D.C. ? Quelles opportunités d’emploi lui procurerait un tel diplôme au Congo ? Personnellement, je pense qu’il faut traiter ce sujet de façon rationnelle et être réaliste.


Les recommandations suivantes s’imposent:


1. Identifier ses aptitudes. Tout être humain est doté d’aptitudes innées, le parcours académique n’est qu’un moyen permettant de développer ces dites aptitudes. Dans le monde professionnel on recourt souvent au terme anglais « Skills » pour présenter ces aptitudes, habilitées, compétences, talents, qui sont innés pour la plupart, et qui expliquent le développement individuel des personnes. Il est important pour chacun d’arriver à les identifier. Ce n’est certes pas un exercice facile, ni spontané. Cette identification se fait au fil du temps, de connaissance de soi et par les autres. A titre d’exemple, une personne qui est très forte en lecture et en rhétorique peut facilement s’orienter vers le droit, le journalisme ou la communication en générale. Grâce à ses aptitudes cette personne peut se donner plusieurs options pour son orientation.

L’influence des « Skills » est très visible dans le monde professionnel, car ils sont l’une des raisons majeures pour lesquelles deux personnes occupant des postes similaires ont des performances différentes. Ces personnes peuvent avoir été à la même université, poursuivi les mêmes cours, peut-être même atteint des scores semblables, mais n’auront pas la même performance dans le monde professionnel. Ce sont les « Skills », les aptitudes, les habilités, les talents qui vont en grande partie faire la différence. D’où l’importance de les identifier.


2. Considérer les réalités de l’environnement dans lequel l’on vit. Pour cela, il faut s’informer sur le pays, sa situation économique, ses secteurs d’activités, car ceux-ci impactent directement les opportunités d’emploi présentes et futures. A titre d’exemple, à la fin des années quatre-vingt-dix, les opportunités d’emploi pour les ingénieurs (en système, en infrastructure, etc.) étaient très limitées. Mais aujourd’hui, la présence des sociétés de télécommunication, notamment, a occasionné des débouchés professionnels pour cette catégorie de métier. Et demain, les projets de réhabilitation, de construction d’infrastructures au niveau national, bref, les grands-travaux, créeront logiquement des opportunités d’emploi non négligeables.


3. Se mettre au travail. Les études en sont justement le point de départ. Nombreux sont ceux qui ne prennent pas leurs études au sérieux. C’est en partie à cause de la distorsion de la société congolaise qui a perdu ses repères et induit les jeunes en erreur. Analysons ensemble comment la société congolaise d’aujourd’hui perçoit la réussite : Au Congo, la réussite recherchée est celle « vue des yeux ». Pour cela, certains jeunes (souvent sous l’influence de leurs familles) préfèrent s’adonner à des voies frauduleuses pour passer de promotion ou pour obtenir un diplôme, plutôt que de reprendre l’année. Car reprendre l’année est perçu comme un échec, et une honte surtout. Cependant, l’échec, quoique difficile à vivre, procure à l’étudiant l’opportunité de mieux construire sa base, provoque aussi un éveil mental, permet de s’assumer et d’apprendre à recommencer. Comme disait Winston Churchill « … l’échec n’est pas fatal : c’est le courage de continuer qui compte ». L’expérience professionnelle prouve qu’aucune personne qui, ayant obtenu son diplôme par des moyens illicites, n’en vienne à devenir cadre dans une entreprise, à l’échelle des normes. Tous ceux qui excellaient dans la tricherie, la légèreté et la fraude à l’université, ne se limitent qu’à des positions d’entrée. Ils ne peuvent aller plus haut parce qu’ils n’ont pas pris soin se donner une bonne base. Alors, pendant que vous en avez encore l’occasion, travaillez dur.


La Réussite


Réussir dans ce que nous faisons, c’est ce que nous poursuivons chaque jour de notre vie. Nous voulons réussir à l’école, à l’université, au travail, dans le mariage... Mais pourquoi cherchons-nous à réussir ? Simplement à cause des privilèges et des bénéfices que nous procure la réussite. Cette logique s’explique : Lorsque l'on réussit à l’école par exemple, les bonnes notes assurent des privilèges comme, la reconnaissance ou le respect des autres, passer à une classe supérieure, être diplômé, etc. Cette réussite à l’école procure aussi des bénéfices matériels, qui sont souvent le moyen permettant à l’entourage d’exprimer sa satisfaction (Cadeaux, fêtes, …). Ainsi, privilèges et bénéfices matériels ne sont rien d’autres que des conséquences de la réussite.


Mais, comme renseigné plus haut, cette notion de la réussite est tordue en R.D. Congo, et surtout à Kinshasa, sa capitale, où l’on considère la réussite comme les privilèges et les bénéfices matériels. « Je suis diplômé, donc j’ai réussi » ; « Je m’habille chèrement donc j’ai réussi » ; « Je roule en Toyota Land Cruiser Prado, donc j’ai réussi » ; « Je suis devenu Ministre, donc j’ai réussi ».


George S. Clason dans son livre The Richest Man in Babylon explique que la réussite est « Toutes les réalisations qui sont fruits de nos propres efforts et aptitudes. Et une bonne préparation est clé à toute réussite ». A la lumière de cette définition, si les réalisations qui nous ont procuré privilèges et bénéfices n’ont pas été les fruits de nos propres efforts et aptitudes, nous n’avons pas réussi.


Cette définition de la réussite est très importante et nous conduit donc à deux notions essentielles : le travail et l’éthique. Le travail exige de s’appliquer dans ce que l’on fait, d’y mettre beaucoup d’efforts et de sacrifice. L’éthique bannit les mauvaises pratiques comme la corruption, la tricherie, l’escroquerie… et prône l’intégrité, l’honnêteté, le respect de la Loi, etc. La combinaison de ces deux notions, en plus d’une bonne préparation nous garantit une réussite saine et durable, quel que soit l’environnement dans lequel nous nous retrouvons.


La Patience


Un élément très important, car son absence peut annihiler tout ce que nous aurions entrepris en amont. Par manque de patience, plusieurs personnes compromettent leur avenir parce qu’elles sont pressées de trop gagner, soit en se mêlant à des pratiques frauduleuses, ou encore en choisissant le travail qui paie bien et vite mais qui à long terme, n’épanouie pas. Ne soyez pas presser de trop gagner, cela s’acquiert avec le temps. A l’exemple d’un cadre de la place qui, il y a près de 10 ans, était en Chef du personnel de son entreprise et gérait la paie des salaires de près de 150 personnes. C’était une grande responsabilité car la masse salariale mensuelle équivalait à plusieurs centaines de millier de dollars américains. Mais il n’était payé que près de 350 dollars américains le mois. Quoique cela fût révoltant, il fit le choix de ne jamais franchir la ligne de l’intégrité, de ne pas « prendre ce qui n’est pas à lui », d’user de méthodes frauduleuses pour se faire plus d’argent. Il préféra continuer à travailler et à attendre son jour. Aujourd’hui, les 350 dollars américains ne correspondent même pas à 5% de sa rémunération totale mensuelle et actuelle.


C’est encore possible


Rien n’est perdu pour ceux qui sont diplômés de disciplines qui ne leurs offrent pas d’opportunités de travail dans le pays. L’adaptation est la solution. Nombreux sont ceux qui dans le monde professionnel réussissent dans des domaines qui ne correspondent pas aux études qu’ils ont faites. A l’image de ce Cadre de Direction de Banque, aujourd’hui Directeur Commerciale mais qui est pourtant diplômé en Droit ; ou encore de ce Directeur Général Adjoint de banque, ayant à la base un diplôme d’Ingénieur Agronome. Ces personnes ont commencé par des postes d’entrées, et se sont appliquées dans leur travail, ont grimpé les échelons par mérite et sont restées intègres. Aujourd’hui, elles jouissent des privilèges et des bénéfices que leurs ont procuré leurs réussites.


Les études académiques en réalité ne nous rendent pas plus intelligents, mais nous développent et nous épanouissent intellectuellement. C’est cet épanouissement intellectuel qui permet ce changement de domaine à certaines exceptions près. A cela, ces personnes ont rajouté la motivation profonde qu’ils ont su identifier dans leurs fonctions. La motivation profonde est cet amour que l’on éprouve pour ce que l’on fait, comme le disait Steve Jobs par son « Do what you love », repris dans le livre « The Innovation Secrets of Steve Jobs » écrit par Carmine Gallo.


En conclusion, réfléchissons avec intelligence sur notre avenir, soyons réaliste et informons-nous ; combinons travail, éthique et patience, trouvons notre motivation profonde, et seulement alors nous pourrons réussir et jouir des conséquences saines et durables de la réussite.


Lucien Kabuya M.

Professionnel RH